C'est très bon

Speed Queen- Stewart O’Nan

« J’ai toujours été un peu plus vite que le reste du monde »

Marjorie va être exécutée. Elle attend un éventuel sursis. Un de plus…

Dans le couloir de la mort, elle répond à un questionnaire de… Stephen King himself qui a acheté les droits pour écrire un livre sur la vie de Marjorie.

Marjorie ne lit pas, elle n’est pas allée très longtemps à l’école, mais les romans du grand King, elle les connaît par coeur. C’est en toute confiance qu’elle va lui raconter son histoire, celle d’une jeune américaine gavée de fast food et fascinée par les belles bagnoles (Marjorie est surnommée « Speed Queen », tant elle aime la vitesse), que de très mauvaises rencontres vont conduire au pire.

On s’accroche au bastingage…

Waow de chez waow, c’est un sacré roman bien noir et un sacré auteur que je découvre là, au hasard de ma pile à lire (une vraie malle aux trésors cette pile…) !

La forme d’abord : complètement originale, cette confession sans tabou est écrite dans un langage très oral (en général, c’est pas tellement ma passion, ce type d’écriture, mais ici ça fonctionne à merveille) qui permet de mieux comprendre la personnalité de Marjorie, de se plonger dans son récit, de s’émouvoir, de s’indigner, de s’attacher totalement à cette gamine de l’Oklahoma, sans perspective, sans avenir, avec beaucoup de picole et pas mal de drogue…  En manque de père, elle rencontre un gars aussi paumé qu’elle. Ils vont s’aimer, zoner ensemble, faire un enfant (Marjorie adore son gamin, ça aussi, ça la rend touchante), pas mal de conneries, puis un troisième larron (larrone?) vient mettre son grain de sel (un gros grain…).  Le trio passe de la petite délinquance à la grande criminalité plus ou moins organisée (plutôt moins que plus).

Ames sensibles s’abstenir. Marjorie dit tout, avec  pas mal de maladresse, et une sincérité désarmante. Elle ne censure rien, même le plus atroce… Et elle ne se prive pas de délivrer quelques conseils à King sur la façon dont il pourrait mener le récit.  Après tout, c’est de sa vie dont il est question, et elle entend rétablir la vérité (sa vérité?) malmenée selon elle, avant tout pour fils. C’est presque drôle. Drôle et tragique. Le récit oscille un temps avant la bascule définitive vers l’horreur.

Speed Queen est un vrai grand roman d’une certaine Amérique profonde, accro à la junk food et à l’argent facile, écrit par un auteur non seulement talentueux mais aussi très malin :  Stewart O’Nan déstabilise le lecteur dès le départ avec un langage truffé de mots étranges… voitures et fast food nécessitent en effet de consulter un glossaire que le lecteur trouve à la fin du roman. (Merci Mr O’Nan 😉 Honnêtement, je me suis laissée emporter par le récit, passée la première phase de déstabilisation 🙂 et je n’ai pas pris la peine de me référer systématiquement au lexique. Ce qui importe, c’est l’ambiance, saturée de soda et de « pig in a blanket » (j’adore ! C’est tellement imagé) et d’ambiance ce roman ne manque pas (doux euphémisme) …

A lire absolument. Les amateurs d’équipées sauvages y trouveront plus que leur compte. Les autres aussi.

« L’idée c’est de me faire passer pour plus étrange que je suis et du coup les gens peuvent se dire qu’ils sont normaux »

En écrivant ce billet, j’ai une grosse pensée pour ma chère Cuné, qui ne blogue plus, à mon grand désespoir. Je sais qu’elle adore Stewart O’Nan. Cuné reviens !!!

 

 

8 réflexions au sujet de « Speed Queen- Stewart O’Nan »

  1. Ce n’est pas mon préféré d’O’Nan (dont j’ai adoré Un mal qui répand la terreur, ou Le nom des morts), je l’avais personnellement trouvé un peu long,en raison du ton un peu apathique de l’héroïne, je crois.. mais j’avais trouvé l’intrigue originale.

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