C'est plutôt bon

Si rien ne bouge- Hélène Gaudy

« Nina a toujours été la pièce qui cherche à s’immiscer puis qu’on inclut de guerre lasse, sans même sans rendre compte, qu’on assimile, qu’on absorbe. »

Lise et Samuel cherchent de la compagnie pour leur fille, Nina, une adolescente un peu molle, pas pressée de grandir, trop souvent dans leurs jambes. Ils invitent Sabine, une jeune fille d’un milieu moins favorisé que le leur, à passer des vacances avec eux sur une île de Méditerranée où la famille a ses quartiers depuis des années. Evidemment, rien ne se passe pas comme prévu. Sabine se révèle peu sympathique, peu causante, peu reconnaissante. Elle prend toutefois Nina sous sa coupe et sans aller jusqu’à l’amitié, un lien bizarre se créé malgré tout entre les deux adolescentes. Nina change, s’éloigne, se laisse entraîner dans des jeux dangereux par Sabine, délurée, mystérieuse, peut-être un peu menteuse : son père est-il mort comme elle l’affirme? Sa mère est-elle cette vraiment cette jeune femme qui a confié Sabine au couple et que plus personne n’arrive à joindre ensuite?

Je continue de fouiner dans ma pile à lire avant de me plonger dans la rentrée littéraire et je tombe sur cet étrange et court roman qui aborde ce redoutable moment de la vie qu’est l’adolescence. Le désarroi des parents qui ne comprennent plus leur fille- ils voulaient pourtant qu’elle bouge!- les relations toxiques, la prise de risques – et la violence sur soi-même mais aussi sur les autres- tout cela, Hélène Gaudy l’explore avec beaucoup d’acuité, ce qui aurait suffi à rendre le récit intéressant mais elle ne s’en tient pas là : le roman devient plus intense au fil des pages et surprend par sa noirceur. Il faut également souligner l’originalité d’une écriture, sèche, précise, poétique, se jouant de la ponctuation, insérant les dialogues à la narration (je n’aimais pas, je m’y suis habituée, c’est ça, la modernité…).

Dommage que le final, qui suit une scène très forte, soit si elliptique. Je ne l’ai pas compris. Que des questions demeurent sans réponse concernant le personnage de Sabine, qu’elle conserve son ambiguïté jusqu’à la dernière ligne ne me posent pas de problèmes, je peux tout imaginer. J’aime bien faire travailler ma tête. En revanche je déteste être abandonnée au bord du chemin. (De Vigan m’avait fait le même coup avec Les loyautés… ) Ce sérieux bémol porté à mon enthousiasme ne m’empêchera pas de relire cette auteure si l’occasion se présente.

« Nina à qui il n’arrive pas grand chose imagine souvent avec un appétit coupable les drames immenses ou minuscules qui feraient qu’une année se différencie des autres, se fiche dans le décor et le fissure enfin. Quand l’accident de voiture, affaibli par l’habitude, perd de son intensité, elle remplace la tôle tordue les lambeaux de chair par une silencieuse disparition parentale. (…) Cette année, Nina ne sait par quoi remplacer l’accident de voiture et l’évanouissement cotonneux de ses parents dans le silence de l’île. Cette année, pour l’instant, elle ne se pose pas la question. »

6 réflexions au sujet de « Si rien ne bouge- Hélène Gaudy »

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