C'est plutôt bon

Le premier homme- Jacques Ferrandez (adapté du roman d’Albert Camus)

 

« La mémoire des pauvres, déjà, est moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l’espace puisqu’ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d’une vie uniforme et grise »

Jacques Cormery, un écrivain parisien célèbre, revient sur son passé : son enfance en Algérie, marquée par la mort à la guerre d’un père qu’il n’a pas connu, sa mère sourde et effacée, son intraitable grand-mère contre laquelle il faudra lutter pour s’imposer. Jacques (qui n’est autre qu’Albert Camus) est en effet un bon élève, il aime l’école et a la possibilité d’aller au lycée, mais la famille est pauvre, Jacques doit travailler. Il faudra toute la confiance et la persuasion d’un instituteur qui croit en lui pour que Jacques sorte de sa condition et envisage un avenir où l’écriture aura toute la place…

Je l’avoue, je connais mal l’oeuvre d’Albert Camus mais j’ai depuis longtemps envie de lire « Le premier homme », autobiographie déguisée restée inachevée. C’est la relation avec son instituteur Mr Germain, dont on parle souvent à propos de ce « Premier homme » qui m’intéressait particulièrement. J’aime l’idée de l’enseignant qui porte un élève à bout de bras et fait tomber les obstacles (nombreux à l’époque) pour lui donner accès au savoir. Sans l’obstination et l’enthousiasme de ce Mr Germain ( Mr Bernard dans la BD) nous n’aurions sans doute jamais entendu parler d’Albert Camus…

Quand je suis tombée sur l’adaptation en bande-dessinée du roman au hasard de mes pérégrinations en médiathèque, je me suis dit pourquoi pas commencer par là, histoire se faire une idée.

C’est un impressionnant travail de restitution du roman auquel s’est livré Jacques Ferrandez. Il semble que cette adaptation soit très fidèle et donne bien plus qu’une idée de l’oeuvre. Si la rencontre déterminante avec l’instituteur est bien sûr évoquée, on y parle aussi longuement d’enfance, d’amitié (Jacques aime le football, il a des copains avec lesquels il joue, se bagarre, fait les 400 coups), de la colonisation en Algérie, de la guerre… On navigue entre le présent de l’écrivain devenu un homme et l’enfance de Jacques, qui se côtoient parfois dans une même case. C’est surprenant mais pas déstabilisant : le jeu des temporalités est habile, le lecteur n’est jamais perdu. Certains moments sont très touchants : lorsque Jacques vient rendre visite à sa mère, il essaie d’avoir des informations sur ce père qui lui a tant manqué. Elle ne dira rien, elle ne sait pas, elle a oublié… cette femme illettrée, à moitié sourde, devenue vieille, dont l’existence ne fut que misère et frustration, m’a fait de la peine… Il y a aussi Saddok, l’algérien, ancien camarade de classe devenu l’ennemi, que Jacques assure de sa loyauté, à la condition qu’on ne touche pas un cheveu de sa mère: « je vous défendrai à n’importe quel prix sauf au prix de ma mère (…) et si dans votre rage aveugle, vous touchez à elle ou risquez d’y toucher, je serai votre ennemi jusqu’au bout ».

Je reste toutefois un peu mitigée après lecture de cet album très riche tout simplement parce que le dessin de Jacques Ferrandez ne me séduit pas. Le travail sur les couleurs est magnifique lorsqu’il s’agit des paysages (chaleur du jaune, bleu du ciel et de la mer en Algérie) et des lieux rendus avec une extrême précision) mais j’ai trouvé les personnages principaux trop figés, manquant d’expression. Et la présence importante du texte original aux côtés du dessin, surtout vers la fin, m’a empêchée par moments de me concentrer sur celui-ci. Sans doute est-ce la limite d’une adaptation en bande-dessinée d’un roman aussi dense, où il est question non seulement de la vie d’un homme, mais aussi et surtout de la construction progressive d’une pensée révolutionnaire.

 

 

2 réflexions au sujet de « Le premier homme- Jacques Ferrandez (adapté du roman d’Albert Camus) »

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