C'est plutôt bon

Courir au clair de lune avec un chien volé- Callan Wink

« Il était venu lui annoncer son départ, mais cela lui paraissait impossible désormais- de lui dire, pas de partir »

Un homme vole un chien pas très frais et prend la fuite : les propriétaires, deux sales types, sont déterminés à récupérer l’animal et le pourchasse en pleine nuit. Un autre trompe sa femme malade une fois par an avec une indienne crow… un adolescent se met à tuer des chats tandis que ses parents s’éloignent l’un de l’autre…

Le ton est donné. Un peu barré. Dans les neuf nouvelles du recueil de l’américain Callan Wink, des personnages, hommes et femmes agissent de manière étrange, poussés par une envie de liberté, d’amour, où je ne sais quoi d’autre, le tout dans un décor sauvage et montagneux. Le Montana.

Je suis toujours heureuse de lire des nouvelles et de découvrir un nouvel auteur surtout s’il est anglo-saxon. Je trouve que les nouvellistes américains sont très bons dans le genre : ils ne s’embarrassent pas avec des chutes hallucinantes, ils racontent des histoires fortes et quand c’est fini ça s’arrête… même si ce n’est pas fini d’ailleurs ! Le complexe de la bonne chute a été balayé par toute une génération de jeunes auteurs, comme ici, avec Callan Wink qui nous met dedans avant de nous lâcher tout d’un coup, dans une « explosion de poudre blanche » ou sur un banc… il est comme ça, Callan. En bon nouvelliste américain qui se respecte, il te laisse en plan.

Hormis ces conclusions qui ne concluent rien et que j’aime car c’est du culot de ne pas finir (en tout cas dans les nouvelles, j’ai horreur de ça dans les romans) je dois dire que je suis restée un peu à côté de la plupart de ces nouvelles, plutôt longues, qui font la part belle aux dialogues. Je ne sais pas trop pourquoi. Le talent de l’auteur est évident, la plume est belle et imagée : « Je le regarde, ce garçon qui ne m’aime pas, et c’est comme si un blaireau s’était introduit dans ma poitrine. Il me piétine l’estomac pendant qu’il me dévore le cœur. » ou encore : « Parfois, au réveil, assommés de chaleur, ils devaient se détacher l’un de l’autre, leurs membres emmêlés et collés ensemble comme les quartiers charnus de quelque fruit bizarre ».

Il m’a pourtant manqué quelque chose, de façon générale, je n’ai pas éprouvé d’émotions particulières à la lecture de ces textes, une admiration polie pour la beauté du style, c’est certain. Les personnages, je ne les ai pas trouvés tellement attachants, je suis restée à distance de leur étrangeté. Oui, il manque un truc, pas grand chose, que j’ai tout de même trouvé dans le dernier très beau texte intitulé « Regarder en arrière ». Focus :

Cette nouvelle raconte l’histoire de Lauren, une femme simple, qui connaît bien des épreuves. Quand on la rencontre au début de la nouvelle, elle découvre qu’un de ses boeufs a été  assassiné. Image forte :  » il avait la langue pendante, les yeux toujours ouverts, bordés de blanc. Son encolure était bizarrement tordue et l’une des pointes de ses cornes était plantée dans le sol(…) la belle corne de teinte ivoire de la pauvre bête, remorquée par le pick-up de ce salaud, avait labouré la terre. »

Lauren est la veuve d’un homme dont on comprend assez vite qu’il ne l’a pas rendu très heureuse et Jason, le fils de cet homme, lui pourrit la vie… Elle a connu le bonheur, Lauren, et même un grand amour et puis… voilà quoi. Je ne vous dirai rien de plus sur cet épisode de sa vie, le spoiler c’est pas mon truc. Sachez simplement que dans cette existence pas facile, Lauren ne plie pas, elle s’accommode, trouve du bien-être et même du bonheur dans les petites choses et quelques belles actions. Les animaux sont pour beaucoup dans cette semi-douceur qui conclut la nouvelle.

Je ne suis pas sûre que les nouvelles de Callan Wink (à part celle-ci) resteront longtemps dans ma mémoire mais je suis tout de même contente de les avoir lues. Callan a du potentiel, du talent, il en écrira d’autres, des nouvelles, et je les aimerai ! (vous sentez mon regret d’être passée à côté de quelque chose, là? J’enrage…)

Merci à Ingannmic (click ) d’avoir partagé cette lecture avec moi, mais aussi avec Kathel, Krol, Sunalee...

Je propose la nouvelle « Regarder en arrière » ( 59 pages) à Lydia pour le challenge textes courts 🙂

27 réflexions au sujet de « Courir au clair de lune avec un chien volé- Callan Wink »

  1. Je viens de lire le billet de Kathel, plus emballée que toi. Je suis quand même tentée, j’espère qu’il arrivera à la bibliothèque. En tout cas un auteur à retenir.

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    1. Coucou Aifelle en y réfléchissant c’est sans doute parce que je préfère les nouvelles plus courtes, celles-ci sont longues et très détaillées … l’auteur a une belle plume cela dit.

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  2. Moi aussi, moi aussi, je l’ai lu et j’ai bien aimé… il est très fort pour peindre une atmosphère, des personnages cabossés et qui ont soif d’un ailleurs meilleur… Et tu as raison sur tout ce que tu dis des nouvelles, pas besoin de super chutes pour produire des textes qui ont un intérêt !

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  3. J’ai beaucoup aimé, j’ai trouvé la plume de Callan Wink sobre et sensible, et comme tu dis, il a ce talent commun à de nombreux novellistes américains pour capter un moment de vie, sans s’acharner à faire de ses textes un aboutissement.
    Et comme toi (et Miss Sunalee dont je viens de lire le billet, je n’ai pas encore découvert ceux de Krol et Kathel) j’i particulièrement aimé le dernier texte, qui est celui qui m’est resté en mémoire.

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    1. La dernière nouvelle est une réussite totale … quel beau personnage cette Lauren ! Malgré mes quelques réserves, cet auteur en a sous le pied… je lirai peut être son roman ! Merci de cette lecture commune 🙂

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  4. J’aime beaucoup les nouvelles, parfois c’est frustrant de rester sur le seuil, de ne pas arriver à entre dans l’histoire de se sentir concerné… les citations donnent une idée d’un style vraiment très bon, à suivre donc. bises 🙂

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  5. Je me mets un peu aux nouvelles avec le RDV de Mai en nouvelles. C’est marrant ce que tu dis sur les fins. J’avais étudié (et détesté) les nouvelles de Carver qui ne « terminait » pas vraiment ses textes avec des limites nettes. Je trouvais ça insupportable.

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