coup de coeur

Entre fauves- Colin Niel

« La vérité, c’est que sur cette Terre que l’homme n’aurait jamais fini d’abîmer, il existait plus de lions en peluche que de lions vivants »

 

Martin est garde au Parc National des Pyrénées. C’est un anti-chasse virulent, ardent défenseur de la nature et de la sauvegarde des espèces. Il est obsédé par la disparition de Cannellitto, le dernier ours en liberté dans les montagnes. Le groupe de Martin sur Internet baptisé « Stop Hunting France » fait la guerre aux chasseurs d’animaux sauvages qui publient les photos triomphales de leurs trophées sur Internet. Les réseaux sociaux se déchaînent lorsqu’est révélée l’identité de ces chasseurs. Des appels au meurtre sont lancés…

La dernière chasseuse livrée à la vindicte populaire pose, arc à la main, devant la dépouille d’un lion, au coeur de la savane africaine. Martin veut à tout prix venger le félin et connaître l’identité de cette fille. Il espère bien remonter jusqu’à elle et la traque commence…

La jeune femme s’appelle Appolline, c’est une surdouée du tir à l’arc. Son père, qui l’adore, ne pense qu’à lui faire plaisir et lui offre un arc (pas une entrée de gamme…) et une chasse au lion en Namibie pour l’anniversaire de ses vingt ans. Appolline est à la fois ravie de ce cadeau et inquiète. Elle a toutes les raisons de l’être (inquiète…).

L’histoire telle qu’elle s’est déroulée (la chasse, les circonstances et tout le reste…). nous est livrée par la voix de différents protagonistes, dont le lion prénommé Charles (!). »Entre fauves » est un magnifique récit croisé, palpitant, qui navigue habilement entre Pyrénées et Namibie, nous donne à voir tantôt le lion, tantôt l’ours, les chasseurs européens et les Himbas, locaux namibiens. Ces derniers assistent impuissants au massacre de leurs troupeaux par les félins…

L’auteur garde une position plutôt neutre sur le sujet très polémique de la chasse et laisse le lecteur juger et prendre partie s’il le souhaite, ou pas. Pour écrire son livre, il a lui-même interrogé des chasseurs qui lui ont exposé leurs motivations et je salue cette ouverture d’esprit de l’écrivain. La fameuse « zone grise » qui bouscule, donne à réfléchir, fait que ce roman est bien davantage qu’un bon thriller noir.

Je l’ai pour ma part trouvé formidable. Sa lecture m’a mise sous tension jusqu’à la dernière page. Colin Niel écrit merveilleusement bien, sa plume est vive et acérée, lyrique lorsqu’elle traduit les pensées de Charles, la construction de son récit vraiment originale (là encore, « Entre fauves « explose le cadre du roman choral : j’ai été stupéfaite par la tournure que prend le récit, tout simplement diabolique)  J’aime les romans noirs mais j’en lis peu, je suis parfois déçue : trop gore ou pas assez noir, histoire mal ficelée, trop compliquée ou pas assez, personnages caricaturaux… Colin Niel place la barre très haut avec « Entre fauves », réussi de bout en bout. Même le titre est excellent. Quant à cette couverture… elle est splendide.

Permettez-moi d’être dithyrambique : ça n’est pas si fréquent, de tomber sur un aussi bon livre.

Colin Niel est un auteur à suivre absolument ( la très bonne adaptation au cinéma de son roman « Seules les bêtes » m’avait donné plus qu’un aperçu de son talent, ça se confirme…) !

Un coup de coeur et un grand merci à mon amie Laure pour son conseil de lecture ! Dans le mille.

« L’heure était venue de faire face aux hommes, leurs silhouettes de bipèdes dressées dans le crépuscule comme des arbres en mouvement, si proches de lui à présent, à peine trois foulées pour les atteindre, et leur odeur sans pareille, sueur amère et terre lointaine, et leurs cris indéchiffrables, et leurs peaux couvertes d’autres peaux qui n’étaient pas les leurs, jamais il ne les avait tant approchés, il avait fallu qu’ils l’y poussent, un jour entier à les sentir à ses trousses, un jour entier à sillonner le bush, à ramper sous les épines des acacias, à raser les murs de pierre enflammés de soleil, à creuser et recreuser cent fois sa trace, de broussaille en broussaille, les pas dans les mêmes empreintes, les détours innombrables entre les troncs, n’importe quoi pour les faire lâcher prise, un jour entier à se sentir gibier et non plus prédateur, la patience mise à mal, agacée, nerfs à vif, un jour entier auquel il venait de mettre fin, surtout ne pas leur laisser cette victoire-là, pas lui, pas ici »

10 réflexions au sujet de « Entre fauves- Colin Niel »

  1. Je suis tout à fait d’accord : c’est un excellent roman noir ! J’ai lu aussi Seules les bêtes qui m’avait frappée aussi par son intelligence. Je n’ai plus qu’à continuer à lire cet auteur !

    Aimé par 1 personne

  2. Jamais lu Niel encore, malgré tous les excellents commentaires, et tu en rajoute une couche!! je crois même que j’en ai un dans ma pal, mais ce n’est pas ce titre…faut que je vérifie. En tout cas, je note celui-ci. bises

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s