C'est très bon

Vanda- Marion Brunet

 « Elle l’embrasse comme on dévore »

Vanda galère. Femme de ménage dans un hôpital psychiatrique à Marseille, elle vit dans la crainte que soit rompu son contrat précaire. Abîmée par la vie, la jeune femme loge dans un pauvre cabanon au bord de la mer, avec son fils de six ans. Elle boit, se montre parfois violente avec Noé, le petit « Bulot » comme elle le surnomme. Pourtant Vanda aime son petit garçon, plus que tout. Et il le lui rend bien. Tous les deux « contre le monde entier », c’est la devise de Vanda. Il y a bien quelques hommes parfois… mais ils ne restent pas. Ne le souhaitent pas où sont poussés vers la sortie. Un jour pourtant, le père de Noé refait surface, il vient de découvrir sa paternité et veut assumer. ça ne va pas bien se passer, car Vanda n’entend pas laisser quiconque s’interposer entre elle et Noé.

J’avais beaucoup aimé « L’été circulaire » de Marion Brunet, lu il y a un an ou deux ( et pas chroniqué…) Pas férue de littérature jeunesse, je guettais plutôt un autre roman adulte de cette autrice, vu qu’elle excelle dans les deux genres. Et voilà que je tombe sur Vanda, dans lequel je retrouve ce qui m’avait séduite dans « L’été circulaire », un parler vrai, une justesse de mots, de situations, une tension qui va crescendo, des beaux personnages émouvants, hyper crédibles: Vanda est un vrai bon roman noir et social, comme je les aime. Et qui se passe à Marseille (ma ville natale).

Ici, il est question d’un amour maternel absolu et tragique, mais aussi et surtout de violences, celles de l’institution médicale (des patients qui décèdent, du personnel à bout, pressé, épuisé, mal payé, précarisé), celle des forces de l’ordre pendant les manifs ( certaines scènes de baston sont éprouvantes car très réalistes), celles des hommes sur les femmes, celles du monde du travail, où l’on prend et l’on jette, où l’on piétine… où le principe même de la grève est remis en cause.

Vanda est un roman violent. Vanda est violente parce que la vie ne l’a pas épargnée, que sa propre mère a été victime et qu’elle n’a pas d’autre choix…

N’a-t-elle vraiment pas d’autre choix? C’est là que je pose mon bémol : je n’ai pas pu éprouver de sympathie, ni la plus petite empathie pour ce personnage cabossé mais si maltraitant. Son égoïsme sidérant vis-à-vis de son fils a été ma limite. Je ne peux pas m’attacher à une mère aussi abusive. C’est mon propre coeur de mère qui s’est soulevé face à un amour aussi dévastateur et destructeur. Vanda m’a mise en colère.

Ce ne sont évidemment que des considérations personnelles qui ne m’ont pas empêchée d’adorer ce roman puissant, la langue brute de décoffrage de Marion Brunet, autrice engagée, sincère, talentueuse. Je recommande.

« Ça fait longtemps qu’elle le sait, qu’elle compte pour rien ou pas grand-chose. Elle l’a su très tôt, vu que sa mère comptait déjà pas des masses. Et ça s’aggrave à chaque rendez-vous chez Pôle emploi, à chaque fois qu’Internet coupe au moment où elle remplit un interminable formulaire pour une demande d’aide au logement. Ça continue quand les fonds ne sont pas débloqués pour la moindre sortie scolaire et que les instits soupirent de rage, que les immeubles de pauvres s’écroulent pendant que le centre-ville est redessiné pour ressembler à un décor. La haine se mêle à la peur, Vanda se sent au bord de l’explosion, tout au bord.Qu’ils crèvent. Que leurs sourires cyniques s’élargissent au couteau. Qu’ils s’étouffent dans leur mépris, se carrent leurs millions dans le cul et qu’ils en crèvent. »

10 réflexions au sujet de « Vanda- Marion Brunet »

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