C'est plutôt bon

Canoës- Maylis de Kerangal

« J’ai appuyé sur le bouton rouge, et j’ai libéré l’oiseau léger »

Une française fraîchement débarquée dans le Colorado qui peine à trouver ses marques (sa voie pourrait-on dire), une autre qui tente de persuader son père d’effacer la voix de la mère disparue du répondeur, des retrouvailles amicales et une voix qui n’est plus la même, soumise au diktat des tessitures graves imposé sur les radios…

Un fil rouge sur le thème de la voix et sept courtes nouvelles « satellites » autour d’un texte plus long, c’est une belle idée dont s’est emparée Maylis de Kerangal avec le motif récurrent du canoë que l’on retrouve dans chaque texte : médaillon, bateau etc… un canoë par-ci, un canoë par là…

J’adore les nouvelles, j’aime beaucoup Maylis de Kerangal, le combo me semblait donc parfait et j’ai ouvert ce recueil avec beaucoup d’espoir. Disons-le sans perdre de temps, j’ai été déçue. L’écriture de Maylis de Kerangal est toujours aussi belle, riche, sinueuse, c’est un fait, mais j’ignore pourquoi, ça ne l’a pas fait. Pas totalement.

Bon, pour être tout à fait honnête, je pense deviner ce qui m’a manqué à la lecture. Une nouvelle, c’est de la tension. Avant toute chose. Pas forcément un twist (j’en suis revenue depuis longtemps, de la chute qui surprend) mais une situation tendue, un dilemme, un conflit, UNE TENSION, quoi. Et ici, clairement, cette tension manquait. ça s’étire, ça parle, ça parle, ça divague et digresse, ça fait réfléchir, ça n’est jamais creux non plus, mais de tension, point, ou alors diluée jusqu’à disparaître.

Le propos est intéressant, original, curieux, intelligemment mis en récit, c’est bien écrit (manquerait plus que Maylis de Kérangal se mette à mal écrire, ce serait la fin des haricots) tout ce qu’on veut, mais l’émotion m’a semblé un peu absente.

On est (trop) dans l’exercice de style, et dans un genre comme la nouvelle, il trouve parfois ses limites. Et puis, le canoë? Pourquoi? Je cherche encore.

Une nouvelle, intitulée « Un oiseau léger » plus touchante que les autres, tire son épingle du jeu. Elle raconte l’histoire d’un deuil impossible, la « présence » de Rose, la défunte, étant maintenue par son mari grâce à  sa voix enregistrée sur un répondeur. Jusqu’à ce que cela ne soit plus tenable pour celle qui reste, sa fille.

Pour continuer à vivre, il faut se résoudre à faire taire la voix, en boucle sur la bande, et ça n’est pas si simple. Lise commande à son père de faire disparaître l’enregistrement du répondeur : » je l’ai dans l’oreille, cette voix, elle ne s’est pas effacée et je n’ai pas peur de la perdre : c’est la sienne (…) contrairement à ce que tu penses, mon chagrin s’intensifie chaque fois que je tombe sur ce message. (…) Pense aux autres, efface-là ».

Cette nouvelle est émouvante, le sujet, sensible, est traité avec  délicatesse et la fin est d’une grande douceur.

J’aurais aimé retrouver cette émotion dans les autres textes du recueil. Du cerveau, mais aussi du coeur… Pour conclure je dirai que le premier a pris le pas sur le second sur l’ensemble et c’est un peu dommage.

On peut toujours se consoler en relisant le douloureux et merveilleux « Réparer les vivants », tout simplement parfait.

Je participe au challenge Textes courts de la belle Lily avec la nouvelle « Oiseau léger » (neuf pages).

Mon amie Phili (click) est moins sévère que moi, elle a bien aimé ce recueil. Je vous renvoie sur sa belle chronique.

12 réflexions au sujet de « Canoës- Maylis de Kerangal »

  1. J’aime les nouvelles pour ma part mais tu vois je pense que le style de Maylis de K est plus adapté au roman … ça aurait gagné à être plus resserré, même si ce sont des nouvelles courtes sauf une …

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  2. En fait, Canoës a laissé son empreinte chez moi et je reste un peu scotchée par l’exercice de style. Maylis de Kerangal a su m’évader et me faire vivre le grand Ouest. J’ai vraiment bien aimé ce recueil. Merci pour la citation, le lien et ton adorable mot : je ne suis pas certaine que mon avis mérite cet éloge mais je prends quand même.

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