C'est très bon

Le Temps de l’innocence- Edith Wharton

« En somme la vraie faute vient toujours de la femme »

En 18.., Newland Archer, un jeune avocat d’affaires de New-York, brillant, de bonne famille, est amoureux de la ravissante et délicate May Walland, qu’il s’apprête à épouser. Son avenir et celui de sa fiancée semblent tout tracé. Ils seront heureux, d’autant que leur future union est approuvée par tout ce que la bonne société new-yorkaise compte de bourgeois puritains et fort soucieux des convenances. Lorsque débarque à New-York la comtesse Ellen Olenska, cousine de May qui a fui un mariage malheureux au grand dam de ses proches -et moins proches-, les certitudes de Newland sont ébranlées de façon durable. Et si le bonheur n’était pas de vivre sagement aux côtés de la douce May, mais dans les bras de cette femme belle et libre dont il est tombé amoureux?

Ce roman magnifique démarre bien lentement. L’étau que constitue la soi-disant bonne société new-yorkaise qui n’autorise pas le moindre écart, la moindre folie, écrase toute tentative d’échappée hors des clous, oppresse Newland Archer mais aussi la lectrice.

Oui, je l’avoue, j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire et j’ai dû relire plusieurs fois les mêmes pages, confondant  Welland, Newland, Archer et les autres (ok, j’étais peut-être un peu fatiguée…) Il y a les amis, il y a les mères, les soeurs, les cousines, les grands-mères : telles des vigies, elle observent, décident qui sera invité -ou pas- chez les uns ou les autres, condamnent ou adoubent, font la pluie et le beau temps.

Et puis il y a Mme Olenska, cette bouffée d’air pur. Elle arrive d’Europe, elle aime l’art, c’est une femme courageuse, indépendante, qui a osé dire non à un mariage qui tournait au cauchemar. Elle est fascinante, son refus de la pression sociale force l’admiration. Son retour d’Europe provoque l’émoi en même temps que le roman décolle : Ellen Olenska n’est pas Lili Bart (sublime personnage du non moins sublime « Chez les heureux du monde »). Elle est bien plus forte, moins soumise à la pression qui oblige les femmes de l’époque à se marier et à le rester quoiqu’il arrive, pour des questions d’argent. Une femme sans mari était une femme sans un rond…

De la même façon que Lili Bart, Ellen Olenska passe néanmoins à côté de l’amour, parce qu’elle a des valeurs (May est sa cousine) et que Newland, pourtant passionnément amoureux d’elle, danse la valse-hésitation tout au long du roman, ou presque. Comme pour Lili Bart, j’ai maudit cet élan sans cesse réprimé, cet amour qui pourrait, qui fait mine de s’éteindre, pour renaître, encore et encore… ils auraient pu être heureux, ai-je soupiré. Les dernières lignes du livre résument à elles seules la tragédie d’un amour manqué, d’une vie passée à se chercher, à s’aimer et à se refuser, jusqu’au dernier souffle.

La beauté de la plume d’Edith Wharton on la connaît, son acuité à sonder les sentiments, à analyser en profondeur tout ce qui est mouvant dans le coeur et l’âme humains, son empathie vis-à-vis de de ses personnages qui n’exclut pas une certaine cruauté (la vie est cruelle, pourquoi se mentir), font d’elle une autrice unique que je suis heureuse de mettre en lumière en ce mois de l’autrice classique chez Moka et Fanny.

« Bientôt une sorte de désespoir l’envahit : ainsi ils étaient là, ensemble, tout près l’un de l’autre, et pourtant chacun d’eux restait rivé à sa destinée propre ; ils auraient aussi bien pu avoir entre eux la moitié du monde »

Pour aller plus loin, on peut regarder le film de Martin Scorsese adapté du roman, dont voici la bande-annonce (1993)

On peut lire aussi Chez les heureux du monde, ce très grand roman d’Edith Wharton.

16 réflexions au sujet de « Le Temps de l’innocence- Edith Wharton »

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