C'est très bon

Kérozène- Adeline Dieudonné

« L’idée de rejoindre Nicolas dans la cuisine la séduisait autant que la perspective d’un tête à tête avec un cadavre de phoque en décomposition »

Une station service, un soir d’été. Dans ce lieu impersonnel et peu engageant, où l’on ne fait que passer, on croise cette nuit là des hommes et des femmes, en proie à la plus grande solitude,  mais aussi Red Apple, un cheval. Tous (ils sont quinze) ont vécu des événements plus ou moins traumatiques, y compris l’animal.

Chaque chapitre du livre raconte leur histoire. Et autant vous dire que ces récits sont hautement inflammables. Oui, Adeline Dieudonné n’hésite pas une seconde à faire craquer l’allumette (désolée pour l’image un peu pourrie, j’ai pas pu résister).

Ces différentes histoires sont liées entre elles par un fil assez tenu mais qui existe, on retrouve parfois  dans un chapitre un personnage que l’on a déjà aperçu quelques pages avant.

Nouvelles ou roman à la structure éclatée, peu importe. Ce qui compte, c’est l’effet produit par ces différents textes, tout simplement épatants. Qu’il s’agisse de cette veille femme dont on ne sait plus que faire (pourquoi ne pas l’abandonner?) ou de ce mannequin qui vit dans la détestation des dauphins (terrible texte, je pense ne jamais l’oublier) Adeline Dieudonné s’autorise tout. Cela donne un roman (ou recueil de nouvelles, comme on veut) totalement abrasif et à ne pas mettre entre toutes les mains. J’ai adoré me faire avoir, me dire « ah, il va se passer ça et ça » et être totalement surprise par la tournure des événements. L’autrice choisit à chaque fois l’option que l’on n’attend pas. Je salue bien bas cette absence de tabous, cette liberté de ton, cet humour corrosif, cette écriture vive et juste, cette imagination débordante.

J’ai lu ici et là que la fin pouvait décevoir un peu : la structure éclatée du récit, en effet, ne permet pas la communion de tous ces destins, celle que l’on attend forcément. En tout cas, l’auteure ne l’a pas voulue. Là encore, on est surpris. Mais c’est la marque de fabrique de cet étrange ouvrage, bousculer, surprendre, gratter (au sang) là où ça fait mal, jouir sans entraves du bonheur d’écrire et y aller à fond. Adeline Dieudonné s’est fait plaisir et pour ma part, le plaisir est partagé.

« Puis elle avait regardé « Secrets d’Histoire ». En vrai, elle aurait préféré un épisode de ‘Orange is the New Black’, mais elle se forçait à regarder au moins une émission culturelle par semaine. Ça lui semblait le minimum vital pour ne pas devenir complètement neuneu. Déjà qu’elle avait renoncé à lire. Trop silencieux. La télé lui donnait l’illusion d’une présence. »

6 réflexions au sujet de « Kérozène- Adeline Dieudonné »

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