coup de coeur

Caligula- Albert Camus

« Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux »

 

Le choix de ce mois-ci pour » Les classiques… » a été difficile. Je voulais lire une pièce de théâtre et il fallait qu’elle soit en lien avec l’Histoire, comme le veut le thème du mois. J’ai tâtonné, lu une pièce d’Albert Camus, « Les Justes ». Très belle pièce, à n’en pas douter, mais sur laquelle je n’avais absolument rien à dire. Mais rien de rien. Je n’allais évidemment pas vous parler de quelque chose qui ne m’a fait aucun effet. Faut pas se forcer.

J’ai continué mes investigations et me suis rappelée de Caligula, toujours du même Camus. Je l’ai lue il y a si longtemps que ça ne compte pas. Je me souvenais en revanche d’une tragédie très forte.

Comme je prends le bus tous les matins (oui, il y a un lien avec ce qui précède, attendez la suite), je favorise les lectures audio courtes pour accompagner mon trajet. Je suis souvent debout (oui plaignez moi) coincée entre x ou y, lire est donc extrêmement difficile à ce moment là. Ecouter en revanche, ça passe tout seul.

Je  finis par télécharger Caligula, lue par Albert Camus en personne. Oh là là ça va être bien, me dis-je.

En fait, c’était tellement mauvais que je n’ai pas pu aller au bout de mon écoute. Un calvaire. Avec tout le respect que je dois au grand auteur qu’était Camus, il n’était pas du tout  lecteur, ça c’est certain. C’est un métier, de lire des textes, mais vraiment. Je n’ai entendu un texte aussi mal lu, c’est affreux (il lit à toute vitesse, toujours sur le même ton, il lit les didascalies ( ! ) aussi vite que le TGV, un massacre!). J’arrête donc la séance de torture tout ça mais je veux poursuivre avec Caligula, tout en restant sur mon idée « d’écouture ». Un petit tour sur internet et je tombe sur l’intégralité de la pièce en écoute avec Michel Bouquet dans le rôle titre.

Un grand moment.

Caligula, jeune empereur romain, vient de perdre la femme qu’il aimait (et qui était aussi sa soeur…). Son désespoir est grand et la brutale conscience de ses limites humaines semble le broyer. Tout puissant qu’il est, il n’a donc pas tout? Ne peut pas tout? L’homme serait mortel et ne pourrait être heureux? Cette réalité lui est insupportable.

« Mon malheur est de tout comprendre »

Caligula bascule dans la folie, devient sanguinaire, viole, tue, pille, selon son bon plaisir. Rien ne semble pouvoir l’arrêter.  Sans limites, il va jusqu’à exiger la lune.

Son entourage ploie sous les coups du tyran et bien sûr, ils sont peu à lui résister, hormis Scipion, le jeune poète et Cherea, l’intellectuel. Ils finiront mal. Caligula aussi. (je ne spoile pas hein, c’est historique)

Une vraie claque. Quel personnage fascinant que ce Caligula, provoquant à la fois répulsion et pitié (oui pitié pour un homme qui réalise que la vie n’est rien, que le monde est absurde, que tout ça pour ça…) Il faut entendre Michel Bouquet hurler son besoin d’impossible, sa désillusion si violente qu’il n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout de sa liberté. Grandiose.

« Maintenant je sais. Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut être, mais qui ne soit pas de ce monde »

Caligula est une tragédie certes féroce, mais non dénuée d’humour, un humour noir et désespéré. Les tirades grinçantes de l’empereur font sourire -très jaune-, de même que la lâcheté des patriciens, qui complotent, s’indignent mais ne font pas grand chose, si ce n’est courber l’échine devant le tyran. J’ai trouvé très émouvant le personnage de la vieille maîtresse, Cæsonia, qui contre son gré mais par amour, joue le jeu du monstre.

 

Acte I, Scène XI

CALIGULA- Et toi, Caesonia, tu m’obéiras. Tu m’aideras toujours. Ce sera merveilleux. Jure de m’aider, Caesonia.

CAESONIA, égarée, entre deux coups de gong. Je n’ai pas besoin de jurer, puisque je t’aime.

CALIGULA, même jeu- Tu feras tout ce que je te dirai.

CAESONIA, même jeu-Tout, Caligula, mais arrête.

CALIGULA, toujours frappant– Tu seras cruelle.

CAESONIA, pleurant- Cruelle.

CALIGULA, même jeu– Froide et implacable.

CAESONIA- Implacable.

CALIGULA, même jeu- Tu souffriras aussi.

CAESONIA– Oui, Caligula, mais je deviens folle »

 

Quant à Cherea, la simplicité de sa réponse lorsque Caligula lui demande « Pourquoi me haïr? » « je ne te hais pas. Je te juge nuisible, tu dois disparaître » m’a donné des frissons.

Je suis heureuse de partager avec vous cette pièce radiophonique (ci-dessous). Si vous aimez le grand et beau théâtre, vous allez vous régaler.

 

 

« Les classiques c’est fantastique », saison 2 chez Moka et aussi chez Fanny.

 

 

15 réflexions au sujet de « Caligula- Albert Camus »

  1. quel dommage pour Les justes, j’avais adoré! mais je comprends, des fois, ça ne prend pas. Je me garde en mémoire d’écouter ce Caligula par M. Bouquet. Et je te rejoins totalement, lire à haute voix, ça ne s’improvise pas!

    Aimé par 1 personne

      1. peut-être bien oui. On ne dira jamais assez combien notre état d’esprit peut jouer sur l’appréciation d’une lecture…j’en sais quelque chose!

        J’aime

  2. Plus que lire Caligula, tu m’as donné envie de l’écouter ! Pas par Camus himself, ça j’ai bien compris ^^ Je n’arrive pas à suivre les livres audios, j’ai la tête ailleurs, mais le théâtre est le genre même qui s’y prête. Je vais essayer, tiens ^^

    Aimé par 1 personne

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