C'est plutôt bon

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes- Lionel Shriver

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes par Shriver

 

« Elle lui rendrait même son petit ventre à force de brownies maison »

 

Remington, septuagénaire, est désormais à la retraite, contraint et forcé. Un jour, il annonce à Serenata, son épouse, qu’il a l’intention de s’entraîner pour courir un marathon. Serenata fut autrefois très sportive, contrairement à Remington. A présent, elle souffre des genoux et ne peut plus courir. La décision de son mari ne lui plaît guère : elle se moque de lui, tente de le décourager, lui rappelle son grand âge… en vain. Remington est devenu obsédé par la course et les performances, il se fait des amis aussi fanatiques que lui, et a même une coach  sculpturale, prénommée Bambi, qui va achever de semer la pagaille dans le couple déjà bien secoué par le nouvel élan vital très inattendu de Remington.

Voilà un livre qui ne se contente pas de raconter, par le menu, la déconfiture d’un couple dont au premier abord, on pourrait penser que l’épouse a tous les torts. Serenata, handicapée par ses genoux, est jalouse de son mari, castratrice, et puis voilà. Lionel Shriver va heureusement plus loin en interrogeant avec finesse la vie à deux et la pérennité du sentiment amoureux lorsqu’on vieillit. Elle le fait avec un humour acerbe et un luxe de détails. Et c’est là où le roman pèche sérieusement à mon avis.

Il est long ce roman, beaucoup trop long. Les dialogues en particulier ne sont absolument pas crédibles, tant les personnages développent « thèse antithèse synthèse » chaque fois qu’ils ouvrent la bouche. « Quatre heures… » n’est certes pas un roman d’action, celle-ci est très psychologique, nous sommes d’accord. L’histoire aurait néanmoins gagné en tension avec cent cinquante pages de moins et surtout des dialogues plus ramassés, qui auraient davantage mis en avant le côté piquant des situations et l’ironie féroce qui sous-tendent le roman. Tout cela est dilué dans des considérations qui font bailler par moments. Les raisons du départ en retraite anticipé de Remington, par exemple, sont longuement développées, si longuement qu’on finit par se demander… pourquoi? Lionel Shriver a voulu exploiter un autre sujet d’importance. Il lui suffisait d’écrire un autre roman.

C’est dommage. « Quatre heures… » loin de la puissance du chef-d’oeuvre « Il faut qu’on parle de Kevin » ( depuis sa lecture  il y a quelques années je n’avais pas retouché un autre livre de Lionel Shriver, persuadée qu’il était impossible de faire mieux, je crois que j’ai raison) se lit tout de même sans déplaisir et jusqu’au bout, même si ça prend du temps.

« Tu as bien couru ? se força-t elle à lui demander (…)

-ça m’a revigoré. Je commence à comprendre pourquoi tu t’y es tenue pendant ces quarante sept ans.

-Mouais. Attends qu’il fasse froid, qu’il y ait du grésil et qu’un vent mauvais te souffle à la figure. Attends que tes intestins commencent leur boulot, qu’il te reste sept kilomètres à faire et que tu sois obligé de continuer, ramassé sur toi-même, le ventre contracté, en priant pour arriver avant qu’une explosion se produise dans ton short vert satiné. Tu verras comment tu seras revigoré ».

14 réflexions au sujet de « Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes- Lionel Shriver »

  1. Comme toi, Il faut qu’on parle de Kevin a été un choc de lecture, mais les avis sur les romans suivants m’ont toujours freinée… encore une fois avec celui-ci dont le sujet aurait pu me plaire. Mais les dialogues qui tirent en longueur, non, je ne crois pas que je vais avaler ça ! 😉

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