C'est très bon

On noie bien les petits chats- Françoise Guérin

« – Vous pensez que je suis folle ?
– Et vous ?
– Non. Oui. Un peu…
– Parfait, ça nous fera une bonne base de travail. A lundi ? »

Une jeune femme, enceinte, se présente à la maternité. Malgré de violentes contractions, on la renvoie chez elle sans ménagement. Betty, c’est son nom, finit par mettre au monde un petit garçon, sur le sol de son appartement, avec l’aide du chauffeur de taxi qui l’a raccompagnée chez elle. Cet accouchement apocalyptique, l’enlèvement supposé de Camille, son mari, parti en reportage en Somalie, la plongent dans l’angoisse et la dépression. Betty est rapidement transférée dans une unité mère-bébé. Elle découvre qu’un homme, qui se prétend son mari, raconte qu’elle est folle et a baptisé le bébé Noé. Prénom qui ne doit rien au hasard et fait remonter à la mémoire de Betty de douloureux souvenirs… Qui est cet homme? Où est Camille ? Pourquoi est-il si difficile pour Betty d’entrer en relation avec son enfant ?

J’ai découvert François Guérin il y a quelques années avec le bouleversant Maternité, un roman d’une force rare, marquant dans une vie de lectrice, dans la mienne en tout cas. On a tendance à beaucoup attendre d’un auteur qui vous a procuré une telle émotion, sans doute trop, mais c’est ainsi.

J’ai lu avec plaisir « On noie bien les petits chats » où j’ai retrouvé la finesse de l’autrice, sa profonde humanité, ses personnages sensibles et vrais, son sens du détail (le collier de nouilles du médecin !). Françoise Guérin est une habile romancière, j’aime son écriture précise et vive (beaucoup de dialogues, l’emploi de la deuxième personne du singulier fonctionne particulièrement bien dans ce cas précis). Elle utilise un domaine qu’elle connaît bien – elle-même est psychologue spécialisée dans les troubles de la parentalité- pour mettre en place une intrigue où le souvenir, la mémoire enfouie jouent un rôle central et sont la clef de la résolution d’une énigme psychologique captivante. Le lecteur, comme Betty, avance peu à peu dans un brouillard épais qui s’éclaircit au fur et à mesure que les événements traumatiques refont surface. Toute cette partie du roman m’a émue et enchantée. J’ai trouvé Betty très touchante dans sa volonté de comprendre ce qui l’empêche d’être mère et j’avais envie de comprendre moi aussi… La maternité et ses aléas sont des sujets que je trouve passionnants et ils sont ici abordés avec justesse, sensibilité mais aucune sensiblerie.

La partie « thriller » m’a, je l’avoue, un peu moins emballée, j’y ai trouvé quelques invraisemblances sur lesquelles j’ai tiquées, des événements qui se précipitent et une fin qui m’a laissée sur ma faim. Je l’ai d’ailleurs relue avant d’écrire ce billet pour être sûre que rien ne m’avait échappée en première lecture. Dommage mais heureusement pas rédhibitoire, le livre est bon.

La mémoire est un marécage. Dans ses eaux troubles, des boues toxiques, des déchets, des cadavres. Tout ce qu’on a dû enfouir, en hâte, faute de pouvoir le traiter. Ce qu’il confisque dans sa puanteur, le marécage finit toujours par le rendre.

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12 réflexions au sujet de « On noie bien les petits chats- Françoise Guérin »

    1. Je n’ai pas dû être très claire : la jeune femme au passé traumatique doit affronter une naissance compliquée et son mari est porté disparu (il est journaliste). Dans cette unité mère enfant, on l’aide à développer une vraie relation avec son bébé et pour la partie angoisse, un sinistre individu rôde et se fait passer pour son mari… On comprend tout peu à peu 🙂

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