C'est très bon

La fortune de Sila- Fabrice Humbert

« Toute société, en ses origines, est dirigée par des voleurs et des criminels  »

En 1995, dans un restaurant parisien très chic, un serveur noir immigré prénommé Sila est frappé par un client américain, devant quelques clients passifs qui poursuivent leur déjeuner comme si de rien n’était.

Sila se relève. Les clients quittent tranquillement le restaurant et auront vite fait d’effacer l’incident. Cette scène violente est pourtant le signe d’un début d’effondrement indicible, mais irréversible : Pour Mathieu et Simon qui fêtaient ce jour là leur entrée dans le monde de la finance, pour l’oligarque russe Lev et son épouse la brillante Helena, qui cherche en vain dans l’homme froid d’aujourd’hui celui qu’elle a tant aimé, pour Ruffle le brutal agresseur et sa femme, rongée dès ce moment par le remords de n’avoir pas réagi, rien ne sera plus jamais comme avant.

Ces gens-là, pour des raisons diverses et toutes différentes, ont en commun d’avoir vendu leur âme au Dieu Argent. L’argent qui vaut qu’on lui sacrifie son sens de l’honneur, sa loyauté, son intégrité. Le récit commence en 1995 et se poursuit jusqu’en 2008, année de crise internationale qui précipitera les personnages vers leur chute.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, mais pas immédiatement. Je reconnais qu’il m’a fallu m’accrocher un peu lorsque le récit démarre vraiment, c’est à dire après la scène inaugurale de l’agression. Les personnages sont nombreux, les références historiques conséquentes (il y est beaucoup question de la Russie d’autrefois, celle d’Eltsine, Gorbatchev, de l’avènement des oligarques, passionnant mais pas facile à suivre). J’attendais aussi, et ça a été la surprise, que celui par qui tout arrive, à savoir Sila, soit le personnage principal du récit. Si tout tourne autour de lui, il apparaît finalement assez peu. La focalisation se porte davantage sur l’agresseur et les témoins de l’incident du restaurant, dont on suit l’évolution -ascension et dégringolade pour nombre d’entre eux- mais dont on découvre aussi le passé. Les enfants d’hier peuvent expliquer un peu les adultes d’aujourd’hui, dans ce cas précis. Je disais que ça a pris un tout petit peu de temps avant que la mayonnaise prenne, mais quand elle a pris, ça a été un régal, impossible à lâcher.

« La fortune de Sila » (ironie et double sens du titre à souligner) est un roman brillant, dense mais fluide, glaçant par l’observation, sans concession, qu’il fait de notre monde actuel. Tout y semble juste et vrai, hélas.

Je recommande fortement.

Sur ce blog deux livres de Fabrice Humbert :

Le monde n’existe pas, excellent

Comment vivre en héros une déception

« Le tragique de Lev était d’avoir perdu le contact avec le monde et même s’il y avait gagné un destin, sa défaite en tant qu’homme était irrémédiable. »

16 réflexions au sujet de « La fortune de Sila- Fabrice Humbert »

  1. Je n’ai jamais relu cet auteur depuis « L’origine de la violence », pourtant beaucoup aimé (et il y a de ça une bonne dizaine d’années !)… J’ai « Le monde n’existe pas » dans ma bibliothèque, et je note celui-là pour poursuivre, donc.

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  2. J’ai beaucoup aimé L’origine de la violence, Avant la chute. J’ai moins aimé Comment vivre en héros. Et j’ai retrouvé l’auteur que j’aime avec Le monde n’existe pas. Mais depuis longtemps je veux lire La fortune de Sila, et tu le rappelles à mon souvenir. Merci !

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