C'est très bon

Impact- Olivier Norek

« On réussit à conspuer Total tout en faisant le plein de sa voiture. Nous sommes tous pareils. »

Virgil Solal, militaire endurci, en a vu de belles. C’est en Afrique, où la pollution laisse des milliers de morts derrière elle (avec 22 millions de pétrole brut déversés sur le continent, on imagine le carnage) que l’on découvre cet homme, qui se blinde de toute part face à l’horreur, « pour que les images n’aillent pas de ses yeux à son cerveau, de son cerveau à son âme ». Lorsque le malheur le frappe en plein coeur, sa carapace vole en éclats et Virgil part en guerre contre les multinationales. Ce combat sans merci va le conduire au pire : kidnapping, meurtre. Rien n’arrête Solal dans sa lutte -on est à l’heure des réseaux sociaux et ses échos seront retentissants- pour faire plier les industriels criminels. Face à lui, un flic et une psychocriminologue, elle-même bien mal dans sa peau…

Impact est un livre singulier, hybride, qui sous ses allures de bon polar, efficace et nerveux, est en réalité un véritable pamphlet écologique, extrêmement documenté (les événements évoqués sont vérifiés, sourcés, datés) remarquablement bien écrit. Le constat que Norek fait de l’état de la planète est catastrophique – il émaille son récit de formules chocs et d’effrayantes nouvelles du monde, pollution, inondations, continent de plastique, tout y passe- et la question du recours à la violence, nécessaire pour faire entendre que le monde court à sa perte, sera posée par Attal, l’avocat de Solal, devant des tribunaux outrés et ébranlés. Ils le seront encore davantage face à la mise en accusation qu’Attal profère : de l’Etat complice et sa Justice passive face au désastre annoncé, ou de Virgil Solal l’assassin désespéré mais vent debout, lequel est le vrai coupable?

On peut regretter que la partie thriller du roman soit assez vite escamotée au profit du message écologique et que sa fin soit utopiste et pas très crédible. Dommage, même si cela n’enlève rien à sa puissance : le lecteur est secoué, dérangé – changer de mode de vie sans renoncer à son confort, pas si simple-, forcé de réfléchir  -Solal terroriste ou héros, ou bien les deux?- de se poser des questions essentielles : quel monde allons-nous laisser aux générations futures ?

Une lecture indispensable. Mais pour le divertissement, tu repasseras.

« Virgil et Laura Solal vivaient dans un appartement coincé entre les voies sur berges, le périphérique et de nombreux fabricants de ciment. L’organisme censé protéger le fœtus avait donc absorbé le CO2 des voitures à essence, le dioxyde d’azote des diesels, mais aussi toutes les poussières de benzène, d’ammoniac, de zinc et de monoxyde de carbone issus de la combustion du pétrole, du charbon ou des pneus dont on se sert pour la cuisson du ciment.
Il fallait y ajouter ce que l’on ne contrôle pas, la pollution de nos aliments, leurs conservateurs, leurs rehausseurs de goût, leurs agents de saveur, les métaux lourds dans les poissons, les pesticides que contiennent les fruits et légumes et les ajouts chimiques de nos produits d’hygiène, notre corps se transformant à la fois en site d’enfouissement pour les déchets chimiques et en filtre à particules fines ».

9 réflexions au sujet de « Impact- Olivier Norek »

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