C'est très bon

Blackwater, T.1 : La Crue -Michael McDowell

« J’imagine que c’est la crue qui m’a portée là. »

Nous sommes au début du XXe siècle, à Perdido, une bourgade paumée de l’Alabama. Blackwater, la rivière qui traverse la ville, sort brusquement de son lit et c’est l’inondation, dévastatrice.
En haut d’un hôtel englouti par les eaux, on retrouve une survivante de la catastrophe. Elle s’appelle Elinor, ses cheveux sont d’une couleur étrange, rappelant les eaux boueuses de la rivière. La jeune femme prétend être institutrice, mais ses diplômes ont été engloutis par les flots. Elle semble sans attaches, elle ne dit rien ou très peu de son passé. Très vite, Elinor, qui nage dans les eaux troubles de la Blackwater avec une aisance quasi surnaturelle, divise les habitants de Perdido. On l’adore ou on la craint. Mary-Love, la mère d’Oscar Caskey, un riche propriétaire de Perdido, lui voue dès le départ une haine irrationnelle, tandis qu’Oscar tombe très vite sous le charme. Peu à peu, Elinor s’introduit chez les Caskey, au grand dam de Mary-Love, jusqu’à devenir indélogeable. Quelles sont ses véritables intentions ? Existe-t-il un lien entre Elinor et la créature maléfique dont on murmure qu’elle vivrait toujours tapie dans les sombres eaux de la rivière ?
Quel plaisir inattendu de lecture ! Plaisir d’autant plus grand qu’il est inattendu, justement. J’adore les sagas familiales et les feuilletons mais j’ai failli passer à côté de « Blackwater » car contrairement à la majorité des lecteurs, la couverture ne me plaisait pas du tout. J’ai imaginé un roman genre jeunesse fantasy (j’en ai horreur) et je suis passée devant dédaigneusement en librairie, avant de retomber dessus à la médiathèque. La curiosité l’a emportée.
Et là… plaisir, plaisir :  étonnante fluidité de l’écriture, de la narration (ça se lit si vite et si bien, c’est follement addictif !), ambiance particulière, flirtant avec le gothique, personnages bien campés, aux relations tendues (on aimerait pouvoir définitivement choisir son camp : Mary-Love est franchement détestable mais Elinor…), suspense qui va crescendo, mystère et zeste de fantastique (un bon gros zeste), et cette rivière chargée de boue, personnage à part entière, qui traverse le récit comme elle traverse la ville, avec fracas. J’adore !
On n’a qu’une envie, s’enfiler toute la saga d’un seul coup. Pour ma part, je  vais résister vaillamment pour faire durer le plaisir et lire sans me presser.
Une dernière chose : le pouvoir des femmes sur les hommes dans cette saga. Ils sont faibles et mous, elles sont fortes et manipulatrices. On se demande tout au long de ce  premier tome jusqu’à quel point ils vont se laisser manger. La fin est stupéfiante 😉

Ce n’est qu’un voile pour masquer la véritable impuissance des hommes dans l’existence. Ils contrôlent les lois, mais à bien y réfléchir, ils sont incapables de se contrôler eux-mêmes. Ils ont échoué à faire une analyse pertinente de leur propre esprit, et ce faisant, ils sont à la merci de leurs passions versatiles ; les hommes, bien plus que les femmes, sont mus par de mesquines jalousies et le désir de mesquines revanches. Parce qu’ils se complaisent dans leur pouvoir immense mais superficiel, les hommes n’ont jamais tenté de se connaître, contrairement aux femmes qui, du fait de l’adversité et de l’asservissement apparent, ont été forcées de comprendre le fonctionnement de leur cerveau et de leurs émotions.

16 réflexions au sujet de « Blackwater, T.1 : La Crue -Michael McDowell »

  1. Je ne suis pas non plus fan de la couverture, mais je reconnais le soin apporté à l’élaboration de l’objet (format, qualité du papier) qui le rend attrayant. bref, il est sur mes étagères, mais j’attends de voir comment sont accueillis les tomes suivants avant de me lancer !

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