C'est très bon

Aires- Marcus Malte

« ll n’y a pas de vérité, au fond. Il n’y a que des histoires auxquelles on a envie de croire ».

Peter, Maryse, Lucien, Sylvain, Frédéric, Audrey, Romain, Claire… sont sur l’autoroute. Au volant, ils divaguent, se racontent, ou racontent d’autres existences. Certains d’entre eux se connaissent, vivent et/ou voyagent ensemble, les autres pas. Tous finiront fatalement par se rencontrer, se croiser, se heurter, car ils l’ignorent encore mais ils sont bel et bien au carrefour de leur existence.

Raconté comme ça, ce dernier roman de Marcus Malte pourrait sembler un honnête et classique roman choral ce qu’il n’est pas, mais alors pas du tout. Le démarrage, tout d’abord, façon « voix du futur » dans une langue étrange, a de quoi déconcerter. Ou décourager, c’est selon. Ensuite, le récit reprend une forme plus classique et là encore, on est dans du classique qui ne l’est pas le moins du monde. Les chapitres portent le nom d’une voiture et sa cote à l’Argus (ahem…) chaque histoire, indépendante en apparence, se révèle infiniment complexe et enchâssée à d’autres. L’ensemble est entrecoupée de slogans publicitaires, de nouvelles diffusées par la radio toutes plus inquiétantes les unes que les autres (meurtres, disparitions…), de poèmes… Rien n’est gratuit et tout se recoupe, implacablement. La fin de l’humanité est en marche, je ne spoile rien, on le sait dès le début.

Ce roman se trouve dans ma pile à lire depuis 2020. A la sortie du premier conf’, je me suis précipitée en librairie et je l’ai acheté, pour le ranger presque aussitôt. Je suis dingue, je sais. La semaine dernière, je ne sais pas pourquoi, je l’ai ressorti du sac dans lequel je l’avais rangé. Pourquoi l’avais-je mis dans un sac? Il figurait dans les 21 livres que je m’étais promis de lire en 2021 et je l’avais mis de côté avec quelques autres. Bref. J’ai bien cru qu’il allait y retourner dans le sac, tant les premières pages m’ont perdue. Et puis je me dis que je devenais bien feignante à ne chercher que des lectures faciles, que ça n’allait pas cette affaire, et que j’allais poursuivre, bon sang. Car tout de même, il est intrigant ce roman, il fait sortir de sa zone de confort, il malmène, il fatigue un peu c’est vrai, avec toutes ses embardées, mais quelle intensité, quelle originalité, quelle vivacité, quelle énergie ! C’est qu’il en a sous le capot, le Marcus Malte, je le sais, je l’ai aimé énormément dans le temps. Après une sortie de route pas du tout à mon goût j’ai détesté « Le garçon »et je me suis sentie seule au monde une fois de plus sur ce coup là,  à ce propos faudra que je vous raconte un jour à quel point je n’ai pas aimé l’Anomalie de Letellier mais ça n’est pas le sujet du jour, je l’ai délaissé, et voilà que je l’aime à nouveau car je le retrouve enfin, dans toute sa noirceur, son ironie, son talent incroyable de raconteurs d’histoires, son écriture d’une justesse à vous couper la chique. J’ai terminé ce gros roman tout à l’heure, et je pense que je ne vais pas l’oublier de sitôt. C’est de la dynamite qui pourfend avec une cruauté jouissive tous les travers, consuméristes entre autres, de notre époque.

A lire absolument !

« Ce qui nous manque, c’est l’insouciance. C’est la légèreté. Ce qui nous manque, c’est la joie. C’est d’être ouvert à la joie. La joie toute simple, pure, sans taches. Ce qui nous manque, c’est la capacité de vivre dans l’instant, à chaque instant, et de l’apprécier, d’y prendre plaisir. Le plaisir, oui. Le plaisir brut, primaire, de la vie. C’est-à-dire le fait même d’être en vie et de ne pas avoir peur de ce qu’elle nous réserve, de ne pas même y songer ».

25 réflexions au sujet de « Aires- Marcus Malte »

  1. Pas pour moi je pense car je m’endors chaque soir au bout d’une page et j’ai bien du mal à terminer un livre. Du coup, s’il faut s’accrocher, ça va être difficile pour moi. Néanmoins, c’est une bonne chose qu’on puisse trouver des ovnis dans l’univers littéraire. Gros bisous ma belle (givrés ce matin,, brrr).

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  2. Je me souviens avoir beaucoup aimé l’ambiance de Le garçon et avoir souvenir d’une belle écriture et d’un univers…. Jolie chronique sur le livre mais également sur les comportements parfois « bizarres » d’une lectrice….. Je te rassure moi aussi je n’ai pas aimé l’Anomalie (nous sommes au moins deux). 🙂

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  3. Tu m’as bien fait rire lorsque tu t’es traitée de « feignante qui ne cherche que des lectures faciles » parce que ça ne semble pas du tout être ton cas… (je me fais souvent les mêmes reproches, très récemment encore)
    Quant à Marcus Malte, je suis fan, et j’ai aimé ce roman, pas un coup de coeur comme Garden of love, mais tout de même très bien ficelé et écrit.

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